Quand Jo a faim – un témoignage à lire !

Nous avons récemment reçu un puissant témoignage de Marie-Josée, qui a travaillé en milieu scolaire il y a quelques années. Elle tenait à partager avec nous l’histoire de Jo.

Il y a près de 20 ans, j’ai travaillé comme éducatrice spécialisée dans une école primaire pour accompagner des enfants ayant des besoins particuliers en maternelle et 1ère année.

J’ai eu le mandat de « cadrer » (excusez l’expression)  un enfant de 1ère  année à la demande de l’école, car aucun membre du personnel n’arrivait à percer le mystère de Jo.
L’école envisageait un plan d’intervention qui incluait la prise de Ritalin.

J’ai demandé à l’école ceci: laissez-moi 3 mois et on en reparle.

Pendant 3 mois, j’ai donc accompagné Jo dans son quotidien scolaire.
Dès les premiers jours, j’ai su que le mur que ce petit homme s’était bâti autour de lui afin d’éviter tout rapprochement avec les membres de l’école serait difficilement franchissable.

Les jours passent, les crises se répètent, le doute s’installe sur mes compétences. Mais ses paroles, ses gestes quotidiens de violence envers moi m’ont poussé non pas à me décourager, mais à me dire : Marie, tu dois comprendre ce que Jo essaye de te dire à sa façon.

Un matin, une méga crise éclate. Je dois retirer Jo de la classe. On se retrouve dans un local. Je demande aux autres de me laisser intervenir seul.

Jo démontre une colère verbale, me crie toutes sortes de noms, me crache dessus. Il démontre tellement de violence que je dois faire un arrêt physique (la prise du panier, une technique d’intervention sans violence apprise au CÉGEP que je n’aurais jamais cru utiliser auprès d’un enfant de 6 ans).

Pendant que je garde Jo dans mes bras, celui-ci me crie toute sa vie de merde.

Comment un si petit corps peut contenir autant de souffrance et de violence?

Peu à peu il s’épuise, je sens sous mes bras son petit corps épuisé. Doucement, je relâche mon étreinte et lui flatte tout doucement les cheveux. Je vois son regard dans le mien qui m’implore de l’aider. Mes yeux dans les siens, je lui dis :
Jo, Marie ne sait pas quoi faire pour t’aider, je n’arrive pas à comprendre ce que tu tentes de me dire à travers tes paroles et tes gestes. Dis-moi ce que je peux faire?

Jo me répond : tu comprends pas que j’ai faim câlisse!?

En fait, Jo était un enfant avec la clé au cou, livré à lui-même pour les déjeuners et les dîners. Le seul vrai repas qu’il prenait était le souper avec parfois sa maman, parfois son beau-père et très souvent seul.

C’était les débuts du club des petits déjeuners…
Jo y a été inscrit.
Jo a commencé à avoir la bédaine pleine. Jo a commencé à sourire.
Jo a commencé à se concentrer en classe.
Jo a commencé à se faire des amis.
Jo a commencé à être un enfant.

Puis la fin de l’année est arrivée. Jo a réussi son année scolaire sans Ritalin. La dernière journée d’école, Jo est venu me voir sans rien dire et m’a remis une enveloppe et m’a fait un immense sourire. À l’intérieur, il y avait ce dessin avec mon nom… tout simplement.

Aujourd’hui, où que tu sois petit cœur sur deux pattes, je souhaite que tu sois heureux. Je souhaite à tous les enfants que les adultes comprennent vos besoins à travers tous vos comportements. Je souhaite à vous les adultes, de voir au-delà des comportements dérangeants des enfants. Regardez-les, écoutez-les vraiment. Vous y découvrirez un monde merveilleux 

Merci au Club des petits déjeuners. ?

Marie-Josée

Intervenante en psychiatrie.

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